Dans un nouvel épisode de La vie dans la cité, des invités passionnés et engagés dans la formation des jeunes haïtiens ont discuté du rôle crucial des métiers manuels dans la société haïtienne. Mme Nadège Noël, éducatrice et directrice d’école, et Robaens Miltidor, styliste et fondateur d’un atelier de couture moderne, ont abordé les défis liés aux stéréotypes sociaux et ont partagé leur vision d’un avenir où ces métiers seraient valorisés. Accompagnés de la déterminée Djina Guillet Delatour, ils ont défendu l’importance d’une éducation différente et d’une nouvelle mentalité face au monde du travail manuel en Haïti.
Il n’y a pas de grands ou de petits métiers, affirma Mme Nadège, dans une société comme la nôtre, où un passeport est le plus grand bien qu’un jeune puisse posséder, où nos jeunes n’ont qu’un seul rêve : quitter le pays. Oui, en partie, ils ont raison, car la misère est palpable, on peut même la toucher. Elle affirme que les jeunes doivent apprendre quelque chose ; il n’y a pas de mal à acquérir de nouvelles connaissances, et partout où l’on va, on porte toujours ce que l’on apprend avec soi. Femme de courage, elle a malgré tout résisté et a travaillé d’arrache-pied pour tenir cette école, malgré les situations chaotiques et la chute des quartiers. Elle croit encore en un avenir nouveau, car elle mise tout sur les jeunes de son pays.
Dans notre société, nous avons un complexe : quand un jeune ne peut pas exceller à l’école, les parents ont toujours tendance à dire : « m’ap voye w nan kouti ». Attestant que la couture est un métier méprisé, plaida Robaens Miltidor. Si quelqu’un fait ce métier, il n’est pas toujours bien perçu. Il affirme que c’est la valeur, le temps accordé à ce qu’on apprend, et la façon dont on l’apprend qui en fait sa valeur. Tout le monde ne peut pas démarrer une machine à coudre.
Et cette question des métiers « pour femmes » et des métiers « pour hommes »… Il y en a beaucoup qui peuvent maquiller et coiffer, et même mieux que les femmes. Donc, cessez de pointer du doigt et de discriminer les métiers manuels.
Ensemble, ils ont affirmé que, plutôt que de passer leur temps sur les réseaux sociaux ou de se laisser aller à soigner leur apparence, les jeunes devraient plutôt investir dans leur formation, car la génération future en aura grandement besoin.
Anaïca Fleurissaint