Dans le collectif imaginaire des Haïtiens, être étudiant ou professionnel en sciences infirmières, non seulement c’est une science de femmes mais c’est un métier subalterne. Ce qui entraîne souvent la réticence des jeunes à faire choix de ce métier car leurs parents s’y opposent et ils devraient aussi affronter les stéréotypes, les préjugés de la société, de leurs amis encore plus s’il est de sexe masculin. Ainsi, cette profession célébrée chaque 12 mai, date d’anniversaire de la pionnière des sciences infirmières : Florence Nightingale est une occasion de se questionner sur l’avenir de cette science et quelles sont les mesures nécessaires à prendre pour son évolution. Dans cet objectif, la rédaction DGD TV a interviewé une étudiante en Sciences infirmières sur sa réalité, son object d’étude et comment les étudiants en soins infirmiers affrontent la précarité du système de santé en Haïti.

Francesse CHÉRY, une étudiante au niveau III en soins infirmiers à Port-au-Prince dont les sciences infirmières ont choisie car elle voulait devenir interprète, travailleuse sociale ou autres mais suivant les conseils de ses parents, son aventure en sciences infirmières ne tient pas à rompre de sitôt. Dans cet article, elle nous parle de cette profession et de sa vie d’infirmière.
DGD TV: Parle-nous un peu de l’objectif de la formation des Sciences infirmières en générale ?
CHÉRY: La formation en Sciences infirmières englobe aujourd’hui un grand nombre d’activités,de compétences et de concepts reliés aux sciences de la santé,aux sciences humaines et à d’autres domaines. Elle consiste principalement à connaître les techniques qui vont permettre a l’étudiant.e de fournir au patient et à sa famille selon une approche globale, holistique, les réponses à des problèmes de santé. Par conséquent, dans la formation en Sciences infirmières certains cours sont fondamentaux, par exemple : Nursing de base, soins infirmiers en SOP, pharmacologie, posologie etc .
DGD TV : Quels sont les rôles des professionnels en soins infirmiers dans le secteur médical ?
CHÉRY: Les professionnels en soins infirmiers sont des éléments très important du système de soins autrement dit, ils constituent la colonne vertébrale du système de santé car sans eux les services sont limités. Comme rôles ou tâches on peut citer :
1) La dispensation des soins en général;
2) La prise de décisions dans l’intérêt de son patient en fonction de la politique de l’hôpital et des principes imposés par l’éthique;
3) La capacité de défendre son patient et d’éduquer aussi puisqu’on doit promouvoir la santé et faire la prévention des maladies.
DGD TV: Comment voyez-vous la formation en soins infirmiers en Haïti. Y’a-t-il des changements à faire ? En quoi consiste son avenir ici?
CHÉRY: Je ne suis encore qu’à mes débuts dans le domaine mais j’ai pû remarquer qu’on commence à prendre conscience que le professionnel infirmier doit être formé par des institutions reconnues et compétentes. Beaucoup de changements s’imposent puisque nous devons respecter les standards internationaux du métier, certains ne dépendent pas vraiment de nous; la situation politique du pays nous empêche d’effectuer nos stages régulièrement et cela doit changer. L’avenir de la profession dépend de la qualité de la formation que nous recevons ,et beaucoup d’efforts doivent être fournis pour garder cette profession vivante .
DGD TV: D’après vos expériences, quelle est la perception des Haïtiens pour ce métier ?
CHÉRY : Pour la majorité de la population, elle pense et croit que c’est un métier de femme ou encore une profession inférieure à certaines autres, mais on s’efforce de les éduquer afin qu’ils puissent comprendre que le Nursing est ouvert à toute personne ayant bouclé ses études secondaires et que les soins infirmiers ne sont pas inférieurs. Au contraire, c’est un art et une science dans toute son intégralité et que les professionnels en soins infirmiers travaillent de concert avec les médecins, les psychologues,les aides-soignants etc… Ces professionnels exercent juste leur fonction et c’est aussi important que celui des autres membres du système de soins.
DGD TV: Comment sont les rapports des professionnels de santé sur le champ de travail avec les professionnels en soins infirmiers ?
CHÉRY : Depuis ma première année jusqu’à date, j’ai eu de bons rapports avec les médecins, les aides-soignants etc.. que ce soit à l’institution, en milieu de stage ou autres. Le respect mutuel est notre base et chacun connaît ses limites.
DGD TV: Qu’est-ce qui diffère le métier de l’infirmière des autres sciences de la santé ?
CHÉRY: Parmi les membres de l’équipe de soins, l’infirmier. ère est l’agent indispensable au chevet du patient. Il ou elle est sa bouche, ses yeux et qui note chaque petit changement pour pouvoir le signaler au médecin traitant. En somme, c’est une profession qui requiert de la compétence mais surtout de l’empathie.
DGD TV : Êtes-vous satisfaite d’avoir fait choix de ce métier et de l’exercer ? Pourquoi ?
CHÉRY: Étudier les Sciences infirmières à changer ma vie, j’aime ce que j’apprends, les interactions avec les autres professionnels de santé et surtout le fait de connaître certaines choses me rend utile. Ainsi, j’apporte ma contribution à ma communauté.
DGD- Un message pour tous et pour les professionnels en soins infirmiers.
CHÉRY: À mes collègues infirmiers, je leur dirai de tenir bon,de continuer d’œuvrer pour le bien-être de la société, que je suis fière de leur travail. Je dédie aussi tous mes remerciements à mes professeurs, mes mentors qui me guident dans le droit de chemin. Et aux instances concernées, je lance un appel pour une bonne organisation des examens officiel des Soins infirmiers afin que le système de santé en Haïti puisse changer et que la population en bénéficie car on ne saurait parler de soins sans nous, les professionnels en soins infirmiers.
DGD TV: Un message pour tous ceux qui aimeraient exercer ce métier comme vous.
CHÉRY: C’est un métier qui demande de la rigueur et de la patience surtout dans un pays difficile comme le nôtre mais la patience et les efforts paieront toujours et rien n’égale le sentiment de satisfaction qu’on éprouve quand un patient nous remercie d’avoir soulager sa douleur. Alors ces jeunes n’ont qu’à écouter leur cœur et se diriger vers le métier de leur rêve dont la route est pleine d’embuches. Mais avec de la persévérance et du courage et surtout de la solidarité, ce métier peut avoir une autre perception, une autre réalité chez nous.
Eunice LÉONARD
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